Depuis le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz, passage de 20 % du pétrole mondial, est devenu un théâtre de guerre. Entre le blocage sélectif imposé par l’Iran, les frappes américaines sur l’île de Kharg et la réponse des monarchies du Golfe, une nouvelle carte énergétique se dessine. Cette analyse détaille les routes de contournement, leur efficacité réelle, les projets d’avenir et les options militaires pour rouvrir le détroit.
1. Contexte : Un Détroit en Guerre
Depuis l’ouverture des hostilités entre les États-Unis/Israël et l’Iran, le détroit d’Ormuz est devenu une zone interdite. L’Iran a imposé un blocus sélectif, menaçant et attaquant les pétroliers, tout en laissant passer ceux à destination de la Chine et de l’Inde, alliés objectifs de Téhéran. Environ 350 pétroliers sont actuellement immobilisés dans la zone, et les exportations effectives de la région ne représentent plus qu’un tiers de leur niveau normal.
En réponse, Washington a frappé l’île de Kharg, plaque tournante de 90 % des exportations iraniennes, détruisant ses installations militaires de protection. L’administration Trump envisage désormais trois options : la conquête de Kharg, des convois escortés ou une opération terrestre massive.
2. Les Solutions de Contournement Existantes
A. L’Arabie Saoudite et l’Oléoduc Est-Ouest
Vieux de quatre décennies, l’oléoduc Est-Ouest (Petroline) relie les gisements orientaux à la mer Rouge. Long de 1 200 km, il peut transporter jusqu’à 7 millions de barils par jour (Mb/j).
| Indicateur | Avant crise (fév. 2026) | Depuis le 9 mars 2026 | Capacité max |
|---|---|---|---|
| Flux via l’oléoduc | 1,7 Mb/j (2025) | 5,9 Mb/j (record) | 7,0 Mb/j |
| Exportations depuis Yanbu | ~1,4 Mb/j | ~4,19 Mb/j (moy. 5 jours) | ~5,0 Mb/j (exportable) |
| Tankers en attente à Yanbu | Quelques-uns | 32+ VLCC et Suezmax | En augmentation |
Les tankers chinois, notamment le New Vista et le Kai Jing, sont parmi les premiers à utiliser cette route pour charger à Yanbu. La plateforme de suivi Myvessel indique que le New Vista, après avoir renoncé à franchir Ormuz le 1er mars, a fait route vers la mer Rouge et a appareillé le 13 mars pour la Chine.
B. Les Émirats Arabes Unis et le Pipeline Habshan-Fujaïrah
Cette infrastructure permet d’exporter depuis l’océan Indien via le port de Fujaïrah, évitant ainsi Ormuz. Cependant, Fujaïrah a été attaqué par des drones et missiles iraniens, ce qui limite sa fiabilité.
- Capacité : 1,8 Mb/j (contre 1,5 Mb/j en temps normal).
- Débit récent : 1,6 à 1,8 Mb/j depuis début mars.
- Limite : Le port reste sous la menace, et les volumes sont bien inférieurs aux besoins.